1988-1998 :
Cher fils, suite à ce voyage, tu as escaladé les dures parois de
l’adolescence. Somme toute, tu t’en es tiré
sans crises majeures. Et je crois que ce qui t’a aidé à vivre ton
adolescence d’une manière
satisfaisante, ce fut le fait que tu as réussi à te donner des objectifs
emballants.
Je me souviens de tout le
zèle avec lequel tu vivais ton
entraînement chez les cadets de l’armée.
Je me souviens aussi du beau
projet que tu avais monté pour construire ta propre voiturette de
Go - Kart. Je me souviens de toutes tes
sorties dans la
nature en
toutes saisons. Tout cela t’a permis une
adolescence saine. J’ai vite
compris que tu préférais faire tes activités avec tes amis et qu’il ne
fallait pas m’offusquer de moins te voir.
J’ai compris qu’il fallait
que tu réalises tes exploits, comme quand tu découchais en forêt et que
tu te conduisais en guerrier, même si je m’inquiétais des risques que
tu prenais.
Ce qui fut plus difficile
pour moi à vivre, au cours de
cette période de ta vie, ça été le fait que tu devenais de plus en plus
fermé vis-à-vis de moi, que tu m’évitais même, parfois, pour que je ne
sois pas au courant des quelques problèmes que tu vivais
ou encore des
projets que tu mijotais. Souvent j’étais
mis devant le fait
accompli. Un exemple : parfois
j’aurais aimé savoir comment tu te
débrouillais avec ta sexualité ou comment tu vivais tes relations avec les
filles, mais là-dessus ce fut le silence, comme pour d’autres choses. J’avais envie
parfois de te parler de ce comportement indépendant de
ta part, mais j’ai jugé bon de garder le silence et te laisser vivre
ton indépendance, car finalement il fallait que tu vives cette période à
ta manière et que tu respires l’air de la liberté .
Au sujet de ta
liberté, je suis content de ne pas l’avoir entravée, car aujourd’hui je
suis conscient du bien que cela a apporté à ta
personnalité. Que de fois je comprenais des choses ; que de fois je remarquais que
tu ne mettais pas toujours tes priorités au bon endroit; mais je
préférais me taire en sachant que si je parlais, tu te braquerais. Et je concluais
en moi-même : « Laisse-lui faire ses expériences !»
Cela a été le
cas quand tu faisais passer le travail avant les
études; cela a été le cas quand tu as
fait le choix de partir dans l’armée à
Kingston; cela a été le cas dans le
choix que tu as fait dans tes
relations amoureuses. Je savais à
l’avance que certains de ces projets
n’aboutiraient pas, mais j’ai préféré respecter ton choix et de ne jamais
imposer le mien. Je comprenais que tu
étais en train de devenir un
homme et que tu ne devais pas devenir ce
que moi j’étais, mais toi-même,
avec ta personnalité, ta manière de penser, ta manière de vivre ta
vie.
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Cher fils, si j’insiste sur
certains points qui semblent te paraître
négatifs, c’est tout simplement pour te révéler mon état d’âme, car que
de fois ai-je été très fier de toi dans ce que tu accomplissais. J’ai toujours vif dans ma mémoire ton grand
exploit
des
Torngats. Cette fois-là, tu as accompli
une chose extraordinaire! Tu as mené de
main de maître tous les préparatifs de l’expédition, tu as réussi
pleinement ta mission et tu as su t’imposer sur la place publique avec
tes talents de communicateur. À
l’occasion de cette entreprise,
j’ai apprécié tes capacités de planificateur, de réalisateur, de chef de
file. Elle m’a révélé de toi des talents
que je soupçonnais à peine et à
cause de ce que je connais de toi, je suis extrêmement fier de
toi. Quant à moi, il ne me reste qu’à
t’aimer et rester disponible pour toi!