Dans un petit village comme le mien, les
gens vivent au rythme des saisons.
Les événements sont vécus simplement et intensément. La famille et la communauté,
respectueuses des traditions, se font un plaisir de mettre
tout en oeuvre pour réussir les célébrations annuelles.
Le jour de l’an était surtout une
rencontre familiale. Les gens vivaient cette fête comme un cadeau du ciel . Une angoisse profonde les rendait
reconnaissants d’être arrivés jusque là; mais la même angoisse les motivait à
fêter pour se souhaiter le meilleur pendant l’année à
venir. Cette même angoisse les amenait à se montrer très généreux
envers les plus pauvres et les gens dans la solitude.
Le jour de l’an me rappelle la grande
pauvreté de ma famille; une pauvreté accentuée par l’absence
fréquente de mon père. Notre refuge pour échapper à la tristesse,
c’était la famille Forcione avec qui nous avions des liens de sang du côté de mon
grand-père maternel. Quelques heures avant minuit, nous nous
rendions chez les Forcione et, pendant ces heures pleines de
mystère, nous partagions les joies d’être ensemble et les plaisirs de la table. Je revois encore ma tante s’affairer
autour de la cheminée et mon oncle descendre souvent dans sa cave
chercher ses cuvées de l’année.
Un souhait qui revenait souvent, sur l’heure de minuit, c’était que nous puissions revoir mon
père revenir vivant du champ de
bataille.
Cette soirée chez les Forcione redonnait surtout espoir et courage à ma pauvre mère qui portait tout
le poids de la pauvreté et de la solitude.