LA NAISSANCE

Dès qu’une femme enceinte ressent les premières douleurs, elle fait appel à une vieille dame qui a l’expérience des accouchements.  Aidée par celle-ci et quelques autres femmes, elle s’installe assise par terre dans un coin de la concession ou tout près d’un arbre voisin.  Si l’accouchement est normal, la vieille dame oint ses mains d’une sauce gluante (aholeyda) pour recevoir l’enfant. 

Une fois que l’enfant est né et que le placenta suit, la dame se munit d’un roseau affilé et coupe le cordon ombilical Si le nouveau-né ne respire pas, la vieille dame allume sa pipe et envoie la fumée dans les narines de l’enfant pour le faire éternuer.  L ’enfant sera bien protégé par sa maman pendant  plusieurs jours contre le froid, les insectes, etc.  Et elle ne le montrera qu’une semaine ou dix jours après la naissance. 

C’est le père du nouveau-né qui est chargé d ’enterrer le placenta.  Accompagné d’un autre homme, il s’amène derrière le mur de la case et pendant que l’autre homme lui tient les yeux bandés de ses mains, il enterre le placenta.  Les Marbas sont superstitieux; ils sont convaincus que celui qui enterre le placenta et n’a pas les yeux bandés peut devenir aveugle. Après la naissance d’un enfant, la mère reçoit l’aide et les soins d’une jeune fille.  Il n’est pas question que cette aide provienne d’une femme mariée, parce que si celle-ci avait commis des fautes graves dans sa vie conjugale, elle pourrait attirer des malheurs sur la femme en couches, même la stérilité.

Qu’arrive-t-il si l’accouchement est vraiment difficile?  Tout d’abord, c’est le mari qui intervient.  Il va chercher un petit banc de bois, s’assit dessus et prend sa femme à califourchon sur ses cuisses pour l’aider dans ses souffrances.  Si, après avoir patienté plusieurs heures, l’enfant ne vient toujours pas au monde, le mari va s’adresser au  devin de la place.  Celui-ci entre dans la concession du couple, dispose devant lui des bâtonnets et demande à son génie de lui révéler la cause de cet accouchement difficile.  Si son génie lui révèle que la femme est punie à cause d’une infidélité conjugale, il s ’approche tout près
d’elle et à force d’intimidation et de menaces, il fait avouer la faute à la femme. L’aveu de la part de celle-ci est une condition sine qua non à la naissance de l’enfant.
Quant à celui qui s’est rendu coupable de cette faute, son nom étant maintenant connu par le devin, il sera traîné en justice devant  le juge coutumier.  Tandis que la  femme, elle, sera purifiée de cette faute par le don d’un cabri que le devin ira sacrifier dans la brousse avec les anciens.