Vers les années 1910, la voirie construisit un
pont sur le fleuve Biferno.
Ce fut la manne pour le village et les villages voisins. Et ma mère fut envoyée sur le chantier, à onze ans
: elle
transportait les pierres - une à la fois- sur sa tête pour les apporter aux maçons du
chantier.
Elle se nourrissait d’un maigre repas par jour et couchait sur la
dure. Ce fut sa première rencontre avec
le travail, sous le soleil ardent, la pluie, et la poussière d’un
chantier. Pendant les années de l’adolescence, elle apprit toutes
les tâches
traditionnellement réservées aux femmes : aller chercher de l’eau à la source tous les jours; aller laver le linge au bord d’une vasque publique ou au bord d’un ruisseau; aller
chercher des fagots au boisé
du village pour cuisiner et se chauffer.
En peu de temps, elle devint une femme accomplie. Ma mère a aimé apprendre et accomplir les
travaux féminins, mais pendant ses
années d’adolescence, elle adora
une tâche en particulier : la préparation de son trousseau de mariage.