Je ne connaissais du Tchad
que le nom. Tout le
désavantageait par rapport à certains autres pays du continent. Non seulement était-il coincé au sud du Sahara, entre le Niger, le Cameroun, le Soudan et la
République Centre Africaine, mais il était également pénalisé par la pauvreté
de son territoire. Soixante
pour cent du pays fait partie intégrante
du désert saharien, dont les seules richesses sont les mines de sel du
Tibesti et les eaux
poissonneuses du lac Tchad. Et
l’autre quarante pour cent, le sud, se prête à peine à une culture saisonnière.
Le Tchad était désavantagé autant du point de vue politique
qu’ethnique. D’un côté, les arabes plus
fortunés et musulmans, de l’autre, des tribus de race noire, pauvres et animistes (cette division
socio politique devait être la cause
des guerres civiles, pendant eux décennies, dès les années ’70) . Du reste, il faut le rappeler, la création de ce pays, ainsi que celle des pays limitrophes, avait été une création tout à fait factice. Lors de la
Conférence de Berlin, en 1865, les
puissances européennes se partagèrent cette zone de la manière suivante :
l’Allemagne occupa le Cameroun; l’Angleterre le Soudan et le Nigeria; le
roi Léopold II, le Congo
Belge; enfin, la France se vit attribuer la République Centre Africaine
et le Tchad.
Les Capucins s’étaient déjà rendus dans ces colonies (exception
faite du Tchad) au début du XXe
siècle et ils y avaient implanté plusieurs missions. Plus
tard, ils réussirent à s’établir aussi au Tchad (1934–1945), bien qu’éprouvés par la deuxième guerre mondiale.
Mais quand, en 1960, le Tchad
accéda à son tour à l’indépendance, comme tant d’autres dans la région,
le climat politique se gâta dans le pays.
Le gouvernement voulut imposer
une politique
« d’authenticité » et le peuple en paya le gros prix.
C’est dans ce climat de violence (des missionnaires français venaient d’être expulsés) que les
Capucins canadiens arrivèrent au Tchad (1965).
Il y avait dans cette région du sud un terrain fertile pour l’évangélisation. Les Ngambay, les Marbas et les autres ethnies
attendaient avec impatience l’arrivée des Capucins canadiens sur leur
territoire. Après quelques semaines de
préparation, le temps de comprendre un peu les moeurs du pays et la mentalité
des indigènes, je me rendis auprès du peuple que je devais évangéliser :
les Marbas. C’était une magnifique
aventure qui commençait pour moi !