UNE ÉGLISE À BÂTIR
Bâtir l’Église, c ’est une oeuvre à long terme. Parfois cela prend des décennies avant que l’on puisse récolter les premiers fruits de la proclamation de la foi. Les
peuples animistes sont des peuples qui, pendant des millénaires, sont restés ancrés dans leurs croyances et
leurs superstitions et ne sont donc pas si facilement perméables à
la foi chrétienne. Le missionnaire
le sait et il doit être armé d’une très grande patience et être prêt
même aux déceptions.
La principale tâche de celui qui bâtit une Église, c’est de prêcher
la foi chrétienne et d’amener les animistes à la conversion. Le jour où une personne vient vous annoncer
qu’il veut être catéchumène, il y a déjà un espoir, car après deux ou trois ans d’apprentissage du message chrétien, il décidera peut-être de demander le sacrement du
baptême. La tâche du missionnaire n’est pas si facile, puisque tout en
enseignant les éléments de la foi à ses nouveaux fidèles, il doit s’assurer
qu’ils s’éloignent de leurs croyances et de leurs pratiques païennes.
Ces nouveaux fidèles subissent une pression tellement grande de leur milieu
qu’il est
parfois presque héroïque pour eux de continuer dans l’apprentissage et la pratique de la foi chrétienne. Il est évident que le missionnaire doit se faire alors le support des catéchumènes dans leur démarchede foi. Bâtir une nouvelle communauté chrétienne, c’est aussi s’assurer de nourrir les fidèles du message de la Révélation par
les Saintes Écritures. Le
missionnaire, avant même de prêcher la doctrine de l’Église Catholique, doit livrer le message du Christ lui-même
et donc annoncer les Évangiles.
Pour atteindre cet objectif important,
je me suis mis non seulement à l’apprentissage de la langue marba,
mais aussi à la traduction de textes bibliques. De là l’importance de s’entourer de personnes
qui manifestent de l’intérêt pour la foi
chrétienne et qui sont capables d’être des relais de cette foi. Ces personnes qui m’ont aidé dans la construction
de l’Église Marba, ce sont les catéchistes.
Leur travail a été tellement important que plus tard je m’attarderai à
faire connaître leur rôle.
L’Église chrétienne est une communauté spirituelle, mais elle est
aussi une communauté de personnes.
Et en tant que telle, elle doit avoir une structure sociale, des signes extérieurs, cela va de soi. Le chef du district de Bachoro, quelques mois après mon arrivée, m’avait fait don d’un immense terrain pour que je bâtisse la
nouvelle mission. Petit à petit, pendant
une période de quatre ans, grâce à l’aide reçue des chrétiens du Canada, j’ai pu construire une petite
église, une petite résidence, une école pour les catéchistes, des huttes pour loger
leurs familles et des greniers pour garder les céréales nécessaires à
leur alimentation. Le terrain
reçu, comme je disais, était vaste. J’ai consulté mes catéchistes et, avec leur
accord, la mission s’est lancée dans la culture des arachides, très souvent utilisées par la petite
communauté. Cela peut paraître surprenant que je me sois retrouvé impliqué dans
toutes ces tâches; moi aussi, je suis encore étonné moi-même que j’aie pu
accomplir tant de choses. Eh bien,
l’explication est simple : devant la nécessité d’agir, si on sait recourir
au savoir-faire des autres, en particulier des indigènes qui connaissent mieux
que nous leurs ressources et maîtrisent les techniques qui leur sont propres,
on peut accomplir des miracles.