La nuit était fraîche et le ciel d’une clarté
sans pareille, à tel point que les étoiles dansaient
follement . La lavandière, ce soir-là, se rendit à la
fontaine « a fonteneuve» à la brunante pour éviter la chaleur du jour
et pour répondre à l’urgence d’un client pressé. Les seuls bruits venaient de l’eau de source
déversée par les gueules béantes de deux lions, des
claquements vigoureux sur la planche à laver et, aux
quinze minutes, de l’horloge de la tour de l’église. La lavandière chantonnait pour cacher sa peur.... Les douze coupsavaient sonné depuis un grand moment....
quand, tout à coup, elle entendit résonner le bruit d’un
cheval au trot. Le bruit approchait toujours plus,..... toujours au
même rythme.
Elle osait à peine lever les yeux, jusqu’au moment où elle vit passer à quelques mètres de la
fontaine un majestueux cheval blanc monté par un aussi
majestueux personnage, également drapé de blanc . Elle frémit de peur et sa peau se raidit de la tête aux
pieds. Le chevalier passa et repassa à trois reprises sans mot dire pour
enfin ne jamais revenir.... Des sueurs froides perlaient sur le front de
ma pauvre mère; il lui resta toutefois assez d’énergie pour plier
tout le linge mouillé dans un panier et courir chez
elle.
Quand elle me racontait cette histoire, elle
semblait revivre cette peur d’une nuit d’août. Et quand je lui posais la question: «Qui était ce
chevalier»?
«Elle répondait, convaincue : « Le chevalier était le richissime Di Blasio,
revenant la nuit dans les rues du village expier les
nombreuses fautes commises contre ses villageois; nous
devons prier pour son âme».