Ah, les bons plats de ma mère ! Des plus sophistiqués aux plus simples, ils étaient tous
savoureux. Ma mémoire en a gardé des souvenirs très vifs : je peux
reconstituer des plats en me remémorant les parfums de ces
épices du sud qu’elle utilisait. Quelle passion et quel plaisir elle mettait à faire la cuisine! Que ce soit le «sugo semplice», le «cervello d’agnello», la
«polenta», « I sagnetelle», «I cavatielle», ou l’ osso
buco», ou « u rise cu latte», s’était toujours un délice et un festin pour le palais. Ses
talents en cuisine ont vite été reconnus en dehors des murs de notre famille.
Au village, on faisait souvent appel à ses services lors d’occasions spéciales. Je l’ai déjà vue s’affairer deux ou trois
jours durant pour préparer le repas d’un mariage. Elle
s’installait dans la cuisine et dirigeait l’orchestre des nombreux
et énormes chaudrons sous l’âtre. Il en était de même à l’occasion des
«riconsuoli» (réconforts).
Les gens de mon village avaient une tradition
riche de bons sentiments (espérons qu’elle ait été gardée
!). Chaque fois que quelqu’un mourait dans une
famille,un membre de cette famille ou un ami préparait
un repas qu’on apportait, après les funérailles, à
ceux qui venaient de perdre un être
cher. Ces personnes charitables n’étant pas toujours
en mesure de préparer un repas spécial pour
l’occasion, faisaient appel aux talents de ma mère.D’autres fois, elle participait à la
préparation du repas de la Saint-Joseph. Les gens à l’aise et dévots avaient trouvé un moyen pour satisfaire leur piété et
pratiquer la charité à l’occasion de la fête de la
Saint-Joseph. La famille invitait plusieurs pauvres du
quartier (à chacun était assigné un rôle: celui de
saint Joseph, celui de
la Sainte Vierge ou celui d’une catégorie d’anges de la cohorte céleste.....), et on leur
servait un repas somptueux.
J’ai déjà fait partie moi-même d’une de ces catégories d’anges et, croyez-moi, j’anticipe
les repas délicieux qui vont m’être servis là
haut.......!