Si ma vie de travail a été très
satisfaisante et épanouissante, du début à la fin,
à cause de tout ce que j’ai
apporté aux autres et à cause de tout ce que j’en ai
retiré en fait de
connaissances et autres bienfaits personnels, ma vie amoureuse ne l’a
pas
été autant.
Et pourtant, il me semblait que mon
esprit et mon coeur avaient la préparation adéquate pour
tenter cette
grande aventure. Je m’étais fait de
l’amour une conception très
élevée. Je
considérais l’amour comme le don entier de soi à une
femme, un don
corps et âme, qui aurait dû nous permettre d’atteindre
à deux le
maximum de bonheur possible.
Je considérais que dans cet amour, le dialogue devait prendre la première place, puisque cet échange aurait permis la connaissance mutuelle et facilité les difficultés quotidiennes. Je considérais que le romantisme devait prendre une place importante au quotidien, comme un parfum discret, subtil, raffiné qui enveloppe les gestes du quotidien. Je considérais que le partage devait être une autre marque de la relation à deux. J’étais prêt pour cela à partager les responsabilités, à partager les tâches, à partager les joies et les peines, à partager les rêves et leur réalisation. Je considérais que l’amour devait être exprimé dans le respect de l’autre, ce qui voulait dire tenir compte de la personnalité de l’autre, de ses acquis, de ses ambitions et de sa culture. Ce bagage de convictions n’avait-il pas tout pour empêcher le bateau de l’amour de faire naufrage ?
Absolument, en principe; et pourtant il y
eut des naufrages. Le temps,
l’expérience et les souffrances
devaient faire comprendre au timonier ses erreurs de navigation. Pendant mon adolescence et ma vie de jeune
adulte, j’avais manqué
totalement de relations avec les personnes de l’autre sexe, ce qui me
laissait tout à fait inexpérimenté pour la
recherche d’une compagne. Aussi, trop
enraciné dans mes convictions au
sujet de l’amour, j’ai supposé
parfois
que l’autre voyait l’amour de la même manière que moi et
que même si cela
n’était pas le cas, qu’elle finirait par le voir comme
moi.
Trop idéaliste parfois, j’ai oublié des choses élémentaires. J’ai oublié que la beauté est d’une très grande importance dans le choix d’une femme. Je parle de cette beauté qui doit nous séduire avant même d’entreprendre une relation. J’ai oublié de m’assurer de la maturité émotive de ma partenaire, de cet équilibre psychique dans ses relations avec un homme, sans cela la communication devient difficile, le partage se fait rare, l’insatisfaction devient omniprésente, et la désagrégation du couple presque certaine. J’ai oublié aussi de considérer un autre élément très important pour réussir mes relations amoureuses, l’élément culturel. Un homme peut être attiré par la beauté d’une femme, mais il doit tenir compte aussi de son bagage culturel. Quelles valeurs a-t-elle reçues de sa famille, de son environnement? Comment son éducation, ses études, ses relations avec ses parents ont-elles marqué sa personnalité? Quelle ouverture a-t-elle face aux idées et aux habitudes des autres? Quelle ouverture a-t-elle pour le partage du pouvoir au sein du couple?
Naturellement,
à cause de tous ces
facteurs, le navire de l’amour a essuyé de dures tempêtes! Mon sens des responsabilités, mon
attachement à tout ce que le couple avait
réussi à bâtir ensemble, mon dévouement
à soulager les souffrances
de l’autre, n’ont pas suffi à le sauver du naufrage.