Une belle récompense et une belle mission
attendait ma mère pendant les vingt dernières années de sa vie :
celle de grand-mère. Mais pour comprendre comment se joue le rôle
de grands-parents chez les Italiens du sud, il faut connaître
avant tout comment se vivent certaines relations à l’intérieur de
la famille.
À l’occasion du mariage de l’un des enfants,
les filles en général sont privilégiées - et donc les parents de la mariée - le
jeune couple vit dans la même demeure que les parents. Donc une relation très étroite entre les
parents et le nouveau
couple. Qu’arrive-t-il
quand un enfant vient au monde? Les grands-parents non seulement l’aiment,
mais ils le prennent en charge comme s’il était leur propre enfant.
Les immigrants, une fois arrivés au Québec,
ont gardé cette tradition familiale. Le jour donc que ma soeur s’est mariée, elle est restée naturellement avec ses
parents. Cinq garçons,
en l’espace de dix ans, fruits de l’union
d’une Franco et d’un Cosentino
(Dino, Carlo, Roberto, Pietro,
Claudio) devaient venir remplir de leurs gazouillis la maison
familiale des
Franco-Cosentino.
Ma mère, à partir de l’arrivée de son premier petit-fils, redevint mère une deuxième
fois. Et ma soeur, qui travailla durement la plupart du temps, avec
son mari, pour
subvenir aux besoins de la famille, trouva en
sa mère un soutien solide pour faire grandir et éduquer les cinq
garçons. Que de générosité vis-à-vis ses petits-enfants! Que d’attentions!
Que de protection! Que d’affection surtout! Avec le temps, au fur et à mesure qu’ils grandissaient, il s’établit
entre elle et eux une complicité fantastique. Que de fois j’ai été témoin de tels échange de tendresses !
J’irai plus loin : grâce à cette présence,
cette vivacité, ces attentions, ma mère prolongea de beaucoup la qualité de sa
vie et sa longévité. Ses petits-enfants ont été la joie et le
bonheur de la dernière période de sa vie.