Mars : Le Carnaval.
Le Carnaval à Casacalenda n’avait rien à
voir avec le Carnaval des grandes villes, ni encore
moins avec ceux des Caraïbes ou de Rio de Janeiro. Le Carnaval a été introduit dans mon village de se priver de viande pendant
quarante jours. Le carnaval permettait de s’amuser en famille au son
de l’accordéon et au pas des danses traditionnelles molisanes.
De ces célébrations, j’ai gardé un beau souvenir. Tous les ans, avec d’autres petits amis du voisinage,
(nous devions avoir entre dix et quinze ans), nous nous costumions, comme on le
fait en Amérique à l’Halloween et nous nous promenions de
maison en maison pour présenter des saynètes comiques pour
amuser l’auditoire familial. Le succès était tangible, car nous
rentrions chez nous les bras chargés de biens de toutes sortes :
saucissons, fromages, fruits,
pâtisseries . Quel plaisir pour l’enfant que j’étais!
Un autre beau souvenir du carnaval de mon
enfance, je l’ai vécu avec mon père.
Je devais avoir neuf ans, car, quelques mois après, mon père partait pour la guerre
d’Espagne. Il y avait dans mon village
une association pour les ouvriers (Società
Operaia). Les membres s’y retrouvaient surtout les fins de semaines
pour lire les journaux ou écouter la radio ou tout simplement pour
bavarder. L ‘association
organisait toujours un banquet pour le
carnaval. Ce fut l’occasion pour mon père de
m’introduire dans le monde des adultes (Entre les années 1940
et 1945 je m’y présenterai assidûment pour écouter les bulletins de
guerre). J’étais le seul enfant à la fête et je me souviens
d’avoir reçu beaucoup d’attentions et de m’être régalé de l’abondance qui
s’étalait sous mes yeux.
Je vis mon père, ce soir-là, s’amuser
fort et profiter du bon vin qui coulait en abondance parmi les
invités. Ce fut aussi la seule fois que j’ai dû servir de guide(!)... à mon père
qui, sur le chemin du retour, réveilla le quartier avec son répertoire
de chansons.