L’Espagne fut débarrassée du communisme et le
totalitarisme de droite s’installa au pouvoir. Les troupes
italiennes regagnèrent vite leur pays.
Et même si elles n’avaient pas
été performantes comme Franco l’aurait souhaité, elles avaient
réussi à donner une image
positive d’elles-mêmes. La «
cattolicissima» Italie, avait rendu service à la «cattolicissima» Espagne! Cette guerre, toutefois, cachait un peu ce qui était en train de se préparer en
Allemagne.
Hitler qui, avec
beaucoup de roublardise, avait pris le pouvoir en Allemagne, avait aussi réussi à réunir derrière lui son
peuple. Depuis des années, il défendait la supériorité de la race
aryenne et l’espace vital allemand; son seul
objectif était donc de s’approprier cet espace à tout prix. Rien de surprenant qu’un jour il veuille tout annexer et tout conquérir (Autriche, Bohème, Moravie, etc.). Cette conviction obsédait tellement sa pensée que même à la veille de son suicide (30 avril 1945), il croyait toujours à une sorte de miracle lui permettant de
pouvoir dominer le monde.
L’Italie, avec son chef Mussolini, faisait
des rêves un peu plus modestes , mais elle en faisait autant. De sorte que
la guerre fut allumée à nouveau en Europe du nord pour ensuite s’étendre à
tout l’ouest du continent.
Mon père revint au village pour à peine quelques mois, au
moment où l’ouragan se formait, et repartit vite (18
mars 1940) pour aller défendre les territoires italiens
d’Afrique. Nous reçûmes quelques lettres de lui et une dernière qui
n’était pas de lui, qui nous apprenaitqu’il avait été fait prisonnier le premier
décembre. Après cette date ce fut un silence tombal. J’ai appris plus tard (vers 1970,1971 ?), de sa bouche, combien les dernières semaines avant sa capture furent
héroïques.
Les forces alliées avançaient facilement en
Érythrée, mais les Britanniques
qui devaient occuper la ville de Gondar, trouvèrent une résistance
farouche devant la forteresse de cette cité. Mon père était à l’intérieur des fortifications et avec lui il y
avait à peine une poignée d’hommes. Ils furent assiégés pendant un mois; à la
fin, n’ayant plus de vivres, ils durent
se rendre aux forces britanniques. Quelle ne fut pas la rage de ces derniers de
constater qu’une poignée d’hommes leur avait résisté si longtemps… C’est à ce moment-là que
commença le calvaire le plus long pour mon père. La longue colonne de prisonniers dut marcher une semaine et plus jusqu’au port de
mer le plus proche, pour être ensuite acheminée par
bateau vers une zone marécageuse des Indes Orientales. Dans cette région infecte, il fut privé de liberté pendant cinq ans, il dut
subir beaucoup de restrictions, entre autres celle de ne pouvoir écrire et fut exposé à la
malaria qui faillit lui coûter la vie.
Nous gardions, après la fin de la guerre, un
certain espoir de le revoir. C’était
vers la mi-août de 1946. Nous étions aux
champs et il faisait une chaleur torride, quand quelqu’un vint nous avertir que
mon père était de retour. Sans plus penser à la fatigue, ni à la
chaleur, nous courûmes à sa rencontre. Ma joie fut grande, mais ma peine le fut
autant, de voir cet être humain décharné, pâle, marqué par les souffrances du
camp de concentration. Un seul homme a
suffi pour me faire comprendre les horreurs de la guerre. Mais, derrière tant de souffrances, je voyais un homme toujours en vie et qui pour moi a été et restera un héros.