LES ALLIÉS SONT LÀ
1943 : Les Alliés sont là.
Une nuit, les
arrière-gardes allemandes partirent, suivies de leur commandement. Ils
laissaient dans le villages des rues et des maisons éventrées, des cadavres éparpillés et des familles en
deuil.
Mais le soleil d’avril fit des apparitions de plus en plus
radieuses. Et un jour, avec le soleil, arrivèrent au village les troupes
alliées. Ce fut l’allégresse générale; les villageois se jetaient
littéralement sur les libérateurs anglais, néo-zélandais,
nigériens, canadiens. J’étais à peine
âgé de 13 ans et tous les jours j’admirais ces soldats, je me plaisais à regarder leurs équipements de guerre, leurs munitions, leurs campements.
À la différence des Allemands,
je voyais qu’ils avaient plus de ressources matérielles.
Quelle joie quand ils m’offraient du
lait en poudre, du sirop de mais, du boeuf en boîte que j’apportais fièrement à la maison. Je compris vite que je pouvais profiter de leur présence.
Un jour, je me suis présenté à un poste de commandement, je me suis adressé à un lieutenant en lui demandant s’il avait
du linge à faire laver. Je n’avais rien dit à ma mère; mais quand elle me vit arriver avec le linge, elle comprit
que cela ne pouvait qui améliorer notre sort, tout en faisant une bonne oeuvre ;
ainsi, elle se prêta à rendre ce service.
En fait, cette générosité fut bien récompensée, car j’ai rapporté le linge bien repassé au lieutenant néo-zélandais et il me remit un sac plein de nourriture pour ma
petite famille. Grâce à ces
soldats, dans ces temps tellement durs, nous avons pu manger quelques repas normaux.
Pendant quelque temps, il y eut un va-et-vient de troupes dans le village. Certaines
compagnies venaient se reposer quelques jours et ensuite regagnaient le front pour se battre. Une belle surprise nous attendait pendant ces mois agités. C’était un après-midi du début avril 1944. Il faisait plutôt sombre et des taches de neige couvraient encore les toits et la campagne environnante. Quand tout à
coup se présenta à notre porte une «Jeep» de l’armée, couverte, avec trois militaires à bord. Je me suis précipité vers un soldat qui en était descendu et qui me dit
dans mon dialecte : « Zi Angeline scsta n’é case ?» (Est
-ce- que ma tante Angèle est à la maison?). Je
l’amenai vite à ma mère et les deux pleurèrent de joie.
C’était mon cousin qui, à l’âge de sept ans, avait quitté le village
avec ses parents pour émigrer au Canada.
Ma mère leur fit un repas royal,( je ne sais comment elle fit pour trouver un coq et des légumes) à lui et aux deux généraux qui l’avaient accompagné. Le 30 avril 1944, le « Petit Journal de Montréal »,
écrivait, photos à l’appui : « De retour en Italie, et cette fois revêtu
de l’uniforme de l’Armée Canadienne, le soldat Nicola Battista, de la colonie italienne de Montréal, a retrouvé des parents dans la ville libérée de Casacalenda ».
Cette visite, cinq ans plus tard, devait nous ouvrir les portes de l’Amérique.