Dans les Alpes Italiennes.
Huit heures
trente. Notre avion approche du territoire italien et le ciel sans nuages, de sorte que nous prenons
plaisir à voir
arriver la couronne des Alpes. Huit heures trente-cinq. Le capitaine du vol annonce
au micro: « Nous invitons les passagers à admirer le Mont Blanc et les autres massifs, Mont Cervin, Mont Rosa.» Le spectacle
est indescriptible : la morphologie
du Mont
Blanc, ses neiges, ses
glaciers nous fascinent ! Et dire que peut-être dans les prochains
jours, pourrons-nous accéder à ces
sommets!
Massif du Mont Blanc.
Deux heures plus tard, après avoir traversé la
plaine du Po, nous faisons face à un barrage de montagne: les
pré-Alpes. La
route rétrécit
et nous voilà dans la gorge qui
nous ouvrira la première porte de la
Vallée d 'Aoste, La Doire. Comme les
Romains qui ont eu à domestiquer ces Gorges pour ensuite aller explorer
un passage à trois et quatre mille
mètres de hauteur,
nous nous
sentions tout petits et
inconfortables. Mais nous
nous réconfortions facilement en
sachant que pendant deux mille ans, les hommes qui ont
vécu dans ces montagnes ont tout
domestiqué avec des routes,
des tunnels, des sentiers d'alpages, et des téléfériques. Nous n'aurions
que du plaisir!
Nous ne connaissions la
Vallée d ' Aoste que de nom.
Elle est la plus petite province d'Italie, avec à
peine 130.000
habitants, et son centre administratif
est Aosta (40.000). Mais à sa
taille s’ajoute une grandeur
insoupçonnée, grâce aux merveilles qu'elle
recèle: la splendeur des
glaciers, des neiges éternelles,
des alpages, des
fleurs et des roches.
Les massifs de
la région ont créé une espèce de complicité avec leur environnement; ils semblent presque vouloir en protéger la
beauté , et ils imposent
au visiteur, avant de se laisser admirer, d'apprivoiser d'abord la
beauté de la douzaine de vallées latérales à la Doire ( La Greyssoney, La Valtourmanche, La
Valpelline, La Champorcher, La By, celle du Grand
St.-Bernard, etc. ...). À la beauté architecturale de la nature -
l'élégant Cervin par exemple ! -
s'ajoutent les beautés architecturales
crées par les hommes à travers les siècles, tant par les Romains que
par les princes du Moyen Âge ou tout
simplement par l'architecture
de la civilisation paysanne des montagnards. Suivez-nous
dans quelques-unes de nos découvertes!
Sur les traces des Romains.
Quel peuple de
civilisateurs! Nous les avions déjà
rencontrés en Tunisie, au Maroc, en Turquie, en
Angleterre, en Autriche,
en Grèce.
Et les voilà encore au pied des
Alpes. Les archéologues ont suivi leurs déplacements dans toute la région. Ils offrent à notre admiration des sections
de route (exemple à Donnas), des arcs de triomphe (à Aoste), des ponts (à Aoste et à St. Martin). Ce dernier est celui qui s'est le mieux conservé. Non
seulement est-il mis en relief à cause de son
environnement, la montagne et la Lys vertigineuses, mais encore il
nous étonne par la perfection de son architecture. Et que
dire des
restes d'Aoste (tête de pont des conquêtes transalpines)
! On y retrouve la réplique, en plus
petit, des monuments
romains : arc de triomphe, forum,
théâtre; là aussi, les Romains sont restés fidèles à leur culture de civilisateurs en y
imposant une nouvelle civilisation, celle du droit, de la paix et de la culture.
Sur les traces des princes:
La famille de
Savoie a gouverné la région depuis 1191.
Elle avait ses représentants tout le long de la Doire Baltée, dont les
plus
célèbres furent
ceux de la famille Galant. Une vingtaine
de Châteaux longent la Doire, juchés sur des
promontoires; ils
servaient tout
simplement de lieu de contrôle et de douane pour ceux qui
faisaient le commerce entre l'Italie et la France.
Cette route des commerçants italiens et français
longeait souvent la via
romana; on l'appelait la "via francigena". Nous nous
sommes contentés de visiter deux de ces châteaux, celui de Verres et
celui de Fenis et les deux nous ont littéralement plongés
dans la vie médiévale,
tellement tout est intact à l'extérieur comme à l'intérieur. On y voit comment vivaient ces petits princes
régionaux ainsi que leurs familles; on peut y reconstituer la vie des soldats,
des serviteurs et des vassaux; en un mot, c'est un retour à la vie périlleuse et tourmentée du
Moyen Âge.
Un beau matin,
nous avons décidé d'atteindre le Mont Rosa par la vallée de
Gréssoney. Nous avons quitté Donnas et
ses vignobles accrochés, en
terrasses, aux parois de la montagne.
Les montagnes en
face de nous se dressent, majestueuses, et nous lancent le défi
de l'ascension . Nous sortons de Pont
St-Martin et brusquement la route
grimpe, sinueuse. Chaque tournant nous révèle un nouveau paysage. Je voudrais m'arrêter aux cinq minutes pour immortaliser des
images, mais impossible; il n'y a pas
d'espace pour arrêter et la route tourne, tourne.....;
il y a de quoi avoir le vertige, puisqu’à droite je suis coincé par la paroi verticale et à gauche,
c'est le vide. Il
faut donc continuer, et imprimer la beauté des lieux dans ma
mémoire.
Les villages
séculaires de ces montagnes défilent lentement : Lilianes, Fontainemore, Gaby, Issime. Je fais attention pour ne pas frôler les murs des
maisons, tellement la route est étroite dans les villages. Issime, situé
dans une cuvette, nous offre de la place et nous nous y arrêtons. C'est la fin de
la messe, on remarque la présence de touristes, de sorte que la place
publique est animée. Spontanément,
nous nous dirigeons vers l'église et nous admirons ce qui s'offre à
nos yeux: d'abord les fresques de la
façade qui représentent le
jugement dernier (c'est dantesque!) , ensuite un magnifique
maître-autel de style gothique en bois polychrome; et une fois de retour
à l'extérieur, nous nous attardons à admirer les mystères du rosaire
protégés par une "loggia".
Tout cela semble irréel et pourtant toute
une page d'histoire reflète la foi et la vie d'un peuple de montagne.
Une demi-heure après, nous reprenons la route; il nous reste une quinzaine de kilomètres avant le mont Rosa. Finalement, il se révèle ànous, juste à l'entrée de Gressoney St-Jean. Devant nous, un village à l'architecture typiquement allemande ( fondateurs : les Valzer, de langue allemande) et au fond, une muraille très vaste, enneigée, resplendissante au soleil : le mont Rosa. J'ai immortalisé en photos ce moment magnifique, avant même de monter au sommet (4634 m).
Mont Rosa,Gressone
Dans les
cabines du téléphérique qui grimpent silencieusement, nous admirons
la beauté de la vallée, les cimes enneigées,
les troupeaux de bovins et les mansardes des
bergers qui les accompagnent
pendant quatre ou cinq mois, en se
déplaçant (dans des hauteurs ??) se situant entre deux mille et deux mille cinq cent mètres. Mais la
montagne impose ses caprices! Entre le
moment de notre arrivée et notre ascension (deux heures
à peu près) elle a changé d'humeur! Elle s'est recouverte de nuages très denses et elle a refroidi les vents qui ont commencé
à souffler. Nous ne voyons
plus rien à cent mètres. Nos têtes sont
dans le brouillard et nos pieds, dans la neige. Nous
avons connu le mont Rosa à son
naturel !
Le sommet des sommets européens.
Le clou de
notre voyage, ce fut le Mont Blanc (4810 m).
J'avais fait connaissance
avec lui une première fois en 1987, en y
accédant par le côté français, en
partant de Chamonix. Cette fois-ci, nous
l'abordons par Courmayeur, ville touristique par excellence. Son accès est
facile, il n'y a pas de routes de montagnes à parcourir, sinon les
quelques kilomètres entre Courmayeur et
La Palud, d'où on accède
facilement au premier téléphérique.
C'est le départ pour une première étape,
le mont Frety. À 2180 mètres, nous admirons avant tout Courmayeur
et les vallées environnantes, mais nous
sommes pressés pour
nous diriger vers un endroit unique, le
Jardin Botanique Alpin le plus
haut au monde (Le Saussurea). Les spécialistes n'ont
fait qu'exploiter un site extraordinaire,
identifier les espèces et les protéger. Jamais un pique-nique ne fut aussi bon que ce
jour-là, au milieu d'une
nature qui ne demandait que de se faire admirer.
Après le dîner, nous abordions la deuxième étape pour atteindre la pointe Helbronner (3462 mètres) qui fait face à la parois est du Mont Blanc. À cette altitude, l 'oeil a devant lui un horizon immense et il embrasse L'Aiguille Blanche, La dent du Géant, les grandes Jorasses et mille autres tours granitiques aux couleurs et aux forme diverses.
Mont Blanc