Dans un petit village comme le mien, les
activités économiques étaient très limitées. La majorité des gens étaient agriculteurs, mais des agriculteurs qui n’embauchaient que peu souvent, puisqu’ils n’avaient pas les moyens de payer la main d
’oeuvre. Il y avait ensuite les gens de métiers, (contractuels,
maçons, menuisiers, ferblantiers, cordonniers, foreurs de puits,
couturiers, - on pouvait compter ces travailleurs sur les doigts de la
main- etc.),
desservant une population d’à peine cinq mille
habitants. Donc,mon père fit face au même problème qu’avant
son départ pour l’Argentine.
Il lui était très difficile de trouver un travail.
Je me souviens - je devais avoir entre cinq et neuf
ans- que parfois il décrochait une journée de travail chez
les agriculteurs, parfois il était embauché comme ouvrier lors de la construction d’une maison, d’autres fois on le demandait pour réparer un bout de route.
Il finissait par survivre, lui et sa famille. Il travailla assez longtemps comme casseur de
pierre le long de la route qui menait de Casacalenda à
Larino. Ces routes, pendant les années trente, n’étaient pas
asphaltées. Elles étaient construites tout simplement en pierres tassées, les plus
grosses faisant office de fondations de la route, les autres étaient ajoutées
en couches superposées, la dernière étant une couche de
pierres minuscules.
Tout ce travail, à 40%, se faisait par la
force des bras. Dieu merci qu’il en ait été ainsi! Cela permettait aux
chômeurs de travailler plus longtemps.
J’ai encore des souvenirs vivants
de cette période du travail de mon père. Quand parfois il ne travaillait pas trop loin
du village,ma mère lui préparait un repas chaud et me
chargeait de le lui apporter. Qu’il était heureux quand il me voyait arriver!
Il cessait alors de casser les pierres et mangeait son
repas frugal, à même le tas de cailloux, sous le soleil ardent. Ces moments furent source d’une belle
intimité : il y avait des choses non dites qui nous
comblaient tous les deux.......