MOMENTS DE DÉCHIREMENTS.
L’amour, ce sentiment qui anime tous les humains et qui leur
apporte des biens incalculables, est parfois dérangeant. Plus que cela, il peut devenir bouleversant. En
d’autres termes, s’il s’offre aux hommes comme un don, il demande aux hommes d’être conquis et c’est justement cette conquête qui est dérangeante. Pas un seul humain n’est
épargné par ses exigences, que nous soyons jeunes ou vieux. Dans mon cas, il était évident que le bouleversement dépassait toute
mesure, car cet amour venait solliciter un homme engagé dans la voie du sacerdoce et de la vie religieuse.
À partir du jour que j’ai été sollicité par l’amour, je me suis toujours posé la question suivante
: « Comment se fait-il que l’amour soit venu frapper à la porte de mon coeur,
moi qui semblais tellement bien
protégé? » J’avais pris le
chemin de la vie
religieuses depuis 1946 et jamais jusqu’à ce jour je n’avais eu la moindre pensée amoureuse ou un sentiment venant du coeur à la vue d’une personne de l’autre sexe.
Jamais il ne m’était venu à l’esprit que je puisse tomber amoureux d’une femme, et jamais je n’avais eu un
attrait ne fût-ce que physique pour une femme. La vie religieuse avec la méditation, les pénitences,
l’habitude du contrôle de mes sentiments ou de mes penchants négatifs, m’avait amené à me sentir en sécurité et comme invulnérable devant les situations
difficiles.
Alors comment expliquer ce revirement?
Je n’ai qu’une seule explication, la seule vraiment valable, parce qu ’elle prend racine dans
« l’autre moi » que j’ignorais. Cet autre
moi que j’ignorais était celui de mon enfance, qui avait eu à peine la chance de se manifester, sans qu’il lui
soit permis d’accéder à son étape ultérieure de croissance. Cet autre moi était celui de l’adolescence, une étape importante du développement humain.
Ce moi, je l’avais
emprisonné, à partir du moment de mon entrée dans la vie monastique; il n’avait
donc eu aucune chance de se manifester et, comme un volcan, attendait son heure pour exploser en
surface. J’ai eu beau recourir à la
raison, j’ai eu beau plonger tête basse dans mes activités de pastorale comme
pour oublier cette rencontre fatale, il n’y eut absolument rien qui réussit à
me ra mener à la raison et à l’état de paix qui était le mien auparavant. Naturellement, j’ai tout
fait pour établir une relation et la maintenir, ce qui me permit de jouir du premier amour platonique de ma vie.