MON PREMIER VOYAGE
AU FIL DES ANS.
1936 : Mon premier voyage
Cette année-là, mon père qui
était de Larino, village à treize kilomètres de celui où il avait trouvé épouse (Casacalenda),
voulait faire plaisir à ma mère et à nous, les
enfants. Nous allions partir rendre visite à l’un de ses cousins, qui
habitait la campagne de Larino.
Ce fut l'excitation pendant deux ou trois
jours. Tout d'abord, ce fut
l'émerveillement du train. Pendant le
trajet, il fut inutile de me demander de m'asseoir… Mon plaisir, c'était de me tenir la tête en
dehors de la fenêtre pour observer l'épaisse
fumée de la locomotive et de défier la noirceur à chaque tunnel (ils
sont nombreux dans cette région montagneuse) ou encore, de jeter
un regard furtif aux précipices au pied de la voie ferrée.
À peine une demi-heure plus tard, nous
fîmes connaissance avec le cousin qui nous attendait à la gare avec un carrosse tiré par un cheval noir. Le déplacement fut presque aussi court que
celui en train, seulement nous avions le plaisir
de sentir le parfum des arbres fruitiers et d'admirer les couleurs
tendres des vignobles et des oliveraies.
Je me souviens que sur place, pendant
deux jours, la maîtresse de maison fut affairée à préparer un repas
après l'autre; et même si aujourd'hui je ne me souviens que très
peu des détails de ces repas, il m'est resté le souvenir de
l'abondance.
Le jour suivant, nous nous rendîmes au
village pour assister à la procession du saint patron San
Pardo. Que de monde devant le dôme! Il y avait les
spectateurs qui attendaient sur le parvis pour voir le buste du saint en argent massif,
mais mon regard à moi se portait sur les dizaines de chars
allégoriques tirés par des boeufs, savamment décorés avec des fleurs. Chacun des chars était occupé par des enfants, qui habillés avec des
costumes de la région, qui de blanc avec des ailes d'anges. Quand je vis la procession à un autre coin de rue, quel ne fut pas mon
ébahissement de ne plus reconnaître le saint patron. Les fidèles l'avaient recouvert de centaines
de milliers de lires...
De ce beau voyage, l'enfant de six ans
que j'étais n'en connut jamais l'oubli.