SUMA SUMADA
LA FAMILLE MARBA
(SUMA SUMADA).
La famille marba est une famille structurée comme l’est la famille occidentale. Elle est plus
nombreuse, souvent à cause de la polygamie. L’homme y joue toutefois un rôle plus important: il en est le chef, l’administrateur, car c’est lui qui décide le plus souvent et c’est
à lui qu’appartiennent les biens reçus en héritage ou gagnés par son labeur et celui de sa famille.
J’ai dit que la polygamie fait que souvent les familles marbas sont plus nombreuses que nos familles occidentales. Toutefois, une
précision : la polygamie est moins répandue chez les Marbas que chez les peuples voisins, parce que les dots sont
très élevées. Les jeunes ont peu
de chances de devenir polygames, puisqu’ils ont déjà de la difficulté à se procurer la dot pour une seule
femme.
C’est seulement après quelques années de travail qu’un homme peut épouser une deuxième femme.
Les jeunes mariés peuvent devenir polygames si leur père est très riche
et qu’il n’a pas beaucoup d’enfants. À ce moment-là, le père fournit la dot pour une deuxième femme. Ou encore, un homme peut devenir polygame si un parent meurt en
laissant une ou plusieurs femmes; ces femmes deviennent alors l’héritage des
enfants du défunt ou du frère du défunt.
Le grand-père est la plus haute autorité de la famille. Il n’est pas
seulement respecté et vénéré, mais il est consulté lors des palabres dans la famille, lors d’achats et de
ventes importants, etc. Une fois vieux,
l’aïeul ne travaille plus; ce sont les enfants qui doivent assurer sa subsistance. Parfois, les gendres assument cette
responsabilité, mais c’est très rare, puisque le père a en général beaucoup
d’enfants. À la mort du père, c’est l’aîné des fils qui hérite de l’autorité
dans la famille et c’est lui qui partage parmi tous les enfants du défunt les
biens que le père a laissés : argent, animaux, champs, domaine
familial.
C’est le père en général qui
marie ses garçons en les aidant pour la dot à verser. Si le père a des filles,
la dot qu’il recevra pour ses filles sera utilisée pour les fils qu’il aura à
marier. Un homme polygame peut avoir de deux à dix épouses. Toutes ses femmes vivent avec lui, dans la
même «concession» (domaine). Chaque
femme a sa case pour coucher, une case pour cuisiner et une pour ses enfants
déjà sevrés, si elle en a. Le mari
possède une case à part. Les greniers de
la concession appartiennent à tous, puisque le travail des champs est aussi
fait en commun. Ce ne sont pas toutes
les femmes qui ont accès au grenier pour prélever la nourriture, mais la
première épouse. Elle monte au grenier
tous les jours et donne les aliments à celle à qui appartient de préparer le
repas ce jour-là. C’est le seul
privilège de la première épouse, car quant au reste, elle est égale aux autres.
Dans la famille polygame marba, théoriquement le père détient l’autorité sur tous, mais pratiquement
c’est la mère qui a le plus d’autorité et d’influence sur les enfants. Quand
les garçons grandissent, ils
deviennent vite indépendants vis-à-vis de leur mère, tandis que les filles, au contraire, restent attachées
et soumises à leur mère qui, les faisant travailler à leur côté, les
prépare au mariage. Cet
attachement des filles pour leur mère demeure le
même après le mariage. Une
fois vieille et veuve, la femme se retire auprès de l’un de ses enfants.
Le garçon, une fois devenu pubère,
quitte la concession de ses parents et s’installe à quelques centaines de mètres de là dans une case qu’il aura bâtie lui-même. La raison
est simple : il s’éloigne par respect pour les femmes et pour ses
soeurs. Et c’est à ce moment, qu’en
signe de confiance envers son fils, le père lui confie son cheval.
Quant aux tâches familiales, elles sont
partagées : l’homme construit les cases et les greniers; il tresse les
nattes, les cordes, la paille des cases; il laboure avec la houe ou les boeufs,
il débroussaille, il sarcle; il va à la chasse et à la pêche et s’il se rend au
marché, c’est pour marchander, se distraire et boire un coup. La femme, elle, s’occupe de ses enfants, nettoie la concession,
prépare la boulle ( pâte cuite de céréales), coupe le bois, sème et
récolte. Et elle fabrique aussi tous les petits objets dont elle a besoin dans
son
travail de ménagère (paniers , plateaux, tamis, calebasses,
canaris). Elle va aussi à la pêche, parfois, mais son plus grand plaisir
reste le marché de brousse, où elle rencontre ses amies et fait les
achats pour nourrir sa famille.